Enquête : « Personnes ‪trans‬, quand la République piétine »

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Enquête : « Personnes ‪trans‬, quand la République piétine »

Message par vanessa-78 le Sam 3 Oct - 11:00

En France, les conditions de vie et les discriminations que subissent les personnes trans sont des thématiques peu traitées par la presse généraliste. Aux questions d’inclusion et de reconnaissance, les médias grands publics préfèrent les parcours de transition et « la transformation » d’un individu d’un genre à un autre sans percevoir les enjeux sociaux d’une communauté parmi les plus discriminées. Selon la seule étude française sur la transphobie, menée par les chercheurs Karine Espineira (Paris VIII) et Arnaud Alessandrin (Bordeaux III) et rendue publique en novembre 2014, 85% des personnes trans disent avoir déjà vécu un acte transphobe et 96% des victimes n’osent pas porter plainte. L’absence d’une procédure de changement d’état civil rapide, simple et à moindre coût y est pour beaucoup. Depuis deux ans, j’ai eu l’opportunité de rencontrer de nombreuses personnes trans et transgenres dans la cadre de mon travail journalistique. Or, depuis deux ans – et finalement bien plus – rien n’a changé pour faire des trans français des citoyens comme les autres.

Par cette enquête, Florian Bardou a cherché à comprendre pourquoi, en 2015, alors que le reste du monde progresse à pas de géants, notre société bloque.
>> En 1992, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui dénonçait alors les critères très restrictifs imposés pour une modification d’état civil. Fixés par la Cour de cassation, ils n’ont pas évolué depuis, au grand dam des personnes souhaitant changer la mention du genre sur leurs papiers d’identité. En cause : une forme d’immobilisme politique, médiatique, juridique et psychologico-médical franco-français, qui tranche avec la reconnaissance toujours plus grande des transidentités dans le reste du monde.

Lorsqu’on la rencontre ce 22 septembre à la Maison de la Radio, où elle produit une émission musicale sur France Culture depuis 2005, Hélène Hazera, seule journaliste transgenre passée par un grand quotidien français, ne cache ni son amertume, ni sa colère. « Cela fait plus de 40 ans que j’attends mes papiers ! », lance-t-elle avec véhémence. Cette ancienne de Libération, qui milite pour la cause trans depuis 45 ans – chez les Gazolines au Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) dans les années 1970, contre le sida à Act up-Paris à partir de 1995 et maintenant au sein du collectif informel Existrans -, ne peut toujours pas faire changer son état civil, faute d’une législation spécifique. Malgré « une évolution des mœurs inimaginable » dont elle se réjouit, cette situation est partagée par la majorité des transgenres français(es) et pose problème dans la vie de tous les jours : pour réaliser des démarches administratives, ouvrir un compte en banque, accéder à l’emploi, prendre l’avion, s’inscrire à l’université ou voter, plongeant les trans dans une grande précarité.

La raison ? Depuis que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 1992, rien n’a vraiment bougé pour faire des transgenres des citoyens comme les autres. La jurisprudence de la Cour de cassation exige qu’une personne trans soit opérée – et donc stérilisée –, sous hormonothérapie et suivie par un psychiatre pour recevoir de nouveaux papiers conformes à son genre après décision d’un juge. Déjà très stricte, elle a même été renforcée en 2012 et en 2013. En dépit des préconisations onusiennes (2007), de la Halde (l’ancêtre du Défenseur des droits, en 2008), du Conseil de l’Europe (2010) et des recommandations (2013) de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) qui fleurissent depuis dix ans.

Ailleurs dans le monde, de l’Argentine au Danemark en passant par l’Irlande, la Colombie, le Népal et le Québec, des lois et des décisions de justice pionnières sont venues consacrer, depuis quelques années, le droit de tout citoyen majeur (et parfois mineur) à changer librement le genre de son état civil. Ces avancées politiques s’accompagnent bien souvent d’avancées institutionnelles et sociales comme la mise en place de toilettes non genrées ou « neutres » sur les campus américains et canadiens. On peut également souligner une visibilité trans positive accrue dans les sphères de pouvoir, les médias ou la fiction grand public avec des personnages transgenres joués par des acteurs et actrices transgenres comme Laverne Cox dans Orange Is The New Black et Jamie Clayton dans Sense8 aux États-Unis ou Lucia Romina Escobar en Argentine.

source : stophomophobie

vanessa-78

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