Comportement naturel ou contre-nature?

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Re: Comportement naturel ou contre-nature?

Message par vanessa-78 le Mer 20 Jan - 11:14

Très beau récit et triste en même temps
Il n'y a pas de mots pour décrire ce que l'on ressent nous mêmes : l'impression d'être anormale, peur du rejet, peur de franchir le pas et beaucoup d'autres sentiments.

vanessa-78

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Comportement naturel ou contre-nature?

Message par Doly le Lun 18 Jan - 23:46

Pensée du soir bonsoir....

C'est intéressant de méditer la nature et le monde. Il faut se questionner. Il faut vouloir comprendre le réel.

Il est des choses qu'on comprend, d'autres qu'on ne comprend pas. Il est des faits et des actes qui nous sont limpides, d'autres qui nous sont complexes et obscurs.

L'homosexualité, c'est complexe. Il ne s'agit pas, à mon sens, d'un choix libre, plein et entier comme on peut nous le faire croire, d'une volonté qui soit propre à la personne.

Je vais te raconter le souvenir d'un homme :

Il y a quelques années maintenant, quand je passais de longs après-midi au parc pour me rappeler mon enfance, un homme assez âgé, un chibani, est venu se poser sur un banc à côté de moi. Il a ouvert la conversation en me disant que ce parc-là lui rappelait sa ville natale, Alger. Je lui ai répondu "riht l'bled w l'bahdja ?". De ces simples mots, un lien s'est créé. Et son visage fermé s'est alors ouvert. On a parlé sympathiquement pendant un long moment de l'Algérie, de la mentalité, des coutumes, des traditions, de la religion. Il me disait qu'il avait commencé dans sa jeunesse des études d'architecture parce que depuis petit il était passionné par le patrimoine algérien, et que même dans les ruines et les vestiges de la guerre, il le trouvait unique et beau. Il s'était alors promis enfant de devenir architecte pour le restaurer et en prendre soin, et que vu ses dons artistiques et sa vision créatrice, il était promis à un bel avenir dans le métier.

Ca, c'était avant, disait-il. Le bon temps. Bon, aujourd'hui, je suis charpentier, je suis loin de mon rêve d'enfant. Mais au moins je construis.

Cette après-midi là, j'ai eu l'impression que cet homme que je ne connaissais ni d'Eve, ni d'Adam était pourtant tombé du Ciel (taht mel-Smâ, lui ai-je dit à la fin) pour m'apprendre et me donner une leçon. Je passais mon temps à méditer une question : dans la laideur, il y a-t-il une part de beauté quand même ?

Et sa manière de me parler de la guerre et des ruines qu'elle avait laissé, de ce que lui voulait en faire, m'était belle. Il racontait le laid avec beauté.

Il m'a offert certains de ses souvenirs avec tant de détails, de précisions, de sensations que j'avais l'impression de voyager dans ma propre mémoire à travers lui et de découvrir quelques-uns de mes propres souvenirs effacés, disparus. Il me décrivait l'odeur de la terre, le chaud de la pierre, la vision poussiéreuse, la chaleur étouffante en plein été, celle qui entre à l'intérieur, le bruit tantôt tonitruant tantôt assourdissant de la ville, le son des klaxons à tout va, les cris de ceux qui réglaient leurs comptes en pleine rue, les rires innocents des gamins qui vendent les beignets, le cha3bi qui s'échappait des cafés... Le tout avec une authenticité rare, une sensibilité vraie... Et une mélancolie douloureuse. C'est ce que j'avais le mieux toucher chez lui, cette envie de se raconter dans sa nostalgie du pays, qui lui faisait si mal.

Sans lui poser la moindre question personnelle, simplement en l'écoutant, en échangeant avec lui, il a fini par s'ouvrir, naturellement. De lui-même. Il avait décidé de quitter l'Algérie pour venir en France, abandonnant par-là même ses études en restauration du patrimoine, ses rêves de grandeur, les ruines et les vestiges tant chéris.

Après un ptit silence, il s'est reprit :Non, en fait, j'ai pas quitté l'Algérie. J'en ai été banni. Hawzouni kil-kelb.

Une voisine à la langue bien pendue avait dit à sa mère que son fils était bizarre, maniéré. Qu'elle ferait mieux de le marier plutôt que de le laisser dessiner parce qu'un jour au l'autre, il jetterait la honte sur sa famille.

Ces quelques mots venait de sceller son entrée dans l'Enfer des hommes (ses propres mots).

Il trouvait ironique que sa famille ne lui ait jamais rien dit de toute sa vie, qu'ils avaient toujours feint de ne pas voir, de ne pas comprendre, de faire semblant. Personne encore ne lui avait parlé mariage, enfants. Parce qu'au fond, ils savaient tous. Ils savaient tous qu'il était homosexuel.

Mais tant que ça restait à l'intérieur, un secret, un tabou, un non-dit, un non-vu... Chut. Dès lors que le regard des gens le pénètre, et qu'il juge et se moque, on renierait la chair de sa chair.

La mère lui a trouvé une femme à épouser. Il a refusé. Elle a insisté. Il a refusé. Tout ce qui l'intéressait lui, c'était la pierre, le patrimoine et les murs.
Il a fini par leur dire qu'il n'aimait pas les femmes. Qu'elles ne l'intéressaient pas. Sans pour autant leur dire qu'il aimait les hommes.

Et la nouvelle, comme une traînée de poudre, s'est répandu. Par des langues trop bien pendues.

Il a été renié, après que sa mère a demandé à ses frères de lui faire la peau. Et ils lui ont fait la peau. Dans le coeur de la famille, entre eux, à l'ombre des regards, ils l'ont massacré. Et pour laver leur honneur aux yeux des gens, ils l'ont banni. A jamais.

Il a passé sous silence bien des détails. Mais dans son regard, j'ai trop bien compris, que la nature humaine parfois n'a aucune rahma.

Quel crime avait-il commis alors ? Aucun. Et pourtant, il en a été puni.

Lui-même ne semblait même pas comprendre. Du but en blanc, il m'a dit qu'il était simplement homosexuel. Qu'il ne savait ni pourquoi, ni comment. C'était comme ça, et pas autrement. Ce n'était pas un choix, il n'aimait pas sa condition. Il n'avait pas de solution. Et pourtant, c'était comme ça. Allah ghaleb, disait-il.

Tu crois que si ça dépendait de moi, j'aurais choisi de l'être ? Tu crois que si ça ne tenait qu'à moi, de mon propre choix, j'aurai choisi cette vie de misère ? Tu crois que si j'avais eu le choix, j'aurais choisi de perdre ma famille entière ? Tu crois que je me suis jeté en Enfer de moi-même ? Non. Si j'avais pu aimer une femme, l'épouser, faire des enfants, vivre auprès de ma famille dans mon pays, je l'aurais fait. Il faut être fou pour refuser. Il faut être fou pour choisir d'être homosexuel. Il faut être fou.

Ce n'est pas à moi qu'il s'adressait. Moi, je ne lui avais rien demandé. Mais il semblait s'adresser à lui-même, et aux siens peut-être.

Il m'a ensuite raconté que toute sa vie de malheur, malgré tout a fini par se stabiliser il n'y avait pas si longtemps, et de l'Enfer comme il l'appelle, il en a réchappé.


On s'est quitté.
Quand je suis rentrée chez moi, j'ai couché sur papier dans un de mes cahiers ce portrait d'homme pour ne pas l'oublier. J'y ai retranscrit ses paroles au mots près et tout ce qu'il avait fait naître en moi. Pour en garder le souvenir intact. Parce qu'il m'a enseignée quelques leçons.

Je ne l'ai plus jamais revu. Quand je retournais au parc, je le cherchais, sans jamais l'apercevoir.

Pourtant, je pense qu'il y revenait, comme moi, souvent.

Ce parc où nous étions, et qu'il disait lui rappeler tant le parc d'Alger... Je peux t'assurer qu'il n'en était rien. Rien de comparable entre ces deux parcs. Rien. C'était un petit parc au détour d'une colline brûlée l'année précédente. C'était un banal parc d'enfants avec deux balançoires, un toboggan et une cabane. Rien de grandiose, rien d'exceptionnel.

Mais c'était un parc d'enfants. Ces enfants qu'il venait regarder, observer de loin. Ces enfants qu'il n'a jamais eus. Et qu'ils n'aura jamais. Ces enfants qui le renvoyaient à ce qu'il était, qu'il a toujours été, et qu'il sera toujours. Un homosexuel.

Oui. Un homosexuel.
Ce jour-là, tombé du Ciel.
Je ne le connaissais ni d'Adam, ni d'Eve,
Et il m'a offert ses plus beaux rêves.

Ce triste chibani.
Renié. Banni.
Comme Adam du Paradis.
Entré dans l'Enfer sur Terre.
A cause d'une langue de vipère.

Que Dieu lui offre Son Paradis.
Lui qui a déjà connu l'Enfer

Doly

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